Un drone survole votre site : la conduite à tenir
Ce qu'il faut faire dans les dix minutes, ce qu'il ne faut surtout pas faire, et à qui signaler. Une procédure écrite par des télépilotes professionnels.
Un drone stationne au-dessus de votre site. Personne ne sait à qui il est, ce qu’il filme, ni combien de temps il va rester. La première réaction, presque toujours, est de chercher à s’en débarrasser — et c’est précisément la seule chose à ne pas faire.
Ce qu’il faut retenir
Ne tentez ni de brouiller, ni d’abattre l’appareil : les deux sont des délits, y compris chez vous. Votre travail est ailleurs : documenter, protéger ce qui est exposé, chercher le télépilote au sol, puis signaler. Un survol correctement documenté vaut plus qu’un drone récupéré illégalement.
Les dix premières minutes
Ce qui se joue à cet instant n’est pas la neutralisation de l’appareil, mais la qualité de ce que vous saurez en dire ensuite : à votre direction, à votre assureur, à la gendarmerie. Dans l’ordre :
- Notez l’heure exacte. Pas « vers 14 h » : l’heure à la minute, et celle où le drone repart. C’est la donnée qui permettra de recouper avec vos enregistrements vidéo et, le cas échéant, avec les relevés d’un opérateur.
- Filmez, même mal. Un téléphone suffit. Cadrez large pour situer le drone par rapport à un bâtiment identifiable, puis zoomez. Une vidéo tremblante qui montre l’appareil au-dessus de votre atelier vaut mieux qu’une belle photo de ciel.
- Relevez ce qui est visible : nombre d’hélices, couleur, présence d’une caméra orientable, feux de navigation, charge sous le fuselage. Ces détails situent une classe d’appareil, et un appareil se paie. Ce que quelqu’un a investi renseigne assez bien sur ce qu’il vient chercher.
- Décrivez la trajectoire. Un drone qui traverse en ligne droite passe. Un drone qui fait des allers-retours parallèles cartographie. Un drone qui reste immobile face à une ouverture observe. Ce ne sont pas les mêmes visites.
Protéger ce qui est exposé, pendant que ça dure
Le survol est en cours : vous ne pouvez rien contre l’appareil, mais vous pouvez beaucoup contre ce qu’il voit. C’est la seule action réellement utile de l’instant.
- Faire rentrer ce qui est identifiable à l’extérieur : véhicules marqués, palettes étiquetées, plans affichés, écrans visibles derrière une baie.
- Interrompre une opération sensible en cours à l’air libre plutôt que de la terminer « puisqu’on y est ».
- Éloigner le personnel de la verticale de l’appareil. Une batterie de drone qui lâche tombe, et une hélice à pleine vitesse coupe.
Ce réflexe suppose que quelqu’un sache quoi couvrir en priorité. Un audit de vulnérabilité établit cette liste à froid, site par site. La même liste tient la deuxième place dans une démarche anti-drone en six étapes, et c’est de loin la moins chère.
Chercher le télépilote, pas le drone
La plupart des appareils du commerce ne s’éloignent pas de plusieurs kilomètres de leur opérateur, et la réglementation impose le vol à vue. Le télépilote est donc presque toujours à portée de regard, souvent dans un véhicule à l’arrêt, une tablette à la main, sur un point haut ou un axe dégagé qui donne vue sur votre site.
Le repérer change tout : c’est une personne identifiable, éventuellement une plaque d’immatriculation, et un interlocuteur pour les forces de l’ordre. Ne l’abordez pas seul et ne cherchez pas à saisir son matériel — vous transformeriez une situation où vous êtes victime en une situation où vous êtes en tort.
Ce que vous n’avez pas le droit de faire
Trois gestes reviennent systématiquement dans les échanges, et les trois exposent celui qui les commet.
Brouiller. Détenir et utiliser un brouilleur de fréquences est interdit en France en dehors des services de l’État habilités. Le brouillage ne distingue pas sa cible : il touche aussi les liaisons de secours, la téléphonie, parfois l’aviation. Abattre. Un drone est un aéronef ; lui tirer dessus relève de la destruction du bien d’autrui et, selon les circonstances, de la mise en danger. Saisir. Se saisir de l’appareil posé constitue un vol, quand bien même il aurait atterri chez vous.
Chacun de ces trois gestes mérite un développement à lui seul : ce que la loi française dit du brouillage, et pourquoi on ne peut pas abattre un drone, même chez soi.
Signaler, et à qui
Un survol isolé paraît anecdotique. Trois survols sur deux mois dessinent une préparation — mais seulement si les trois ont été signalés et rattachés les uns aux autres. C’est la raison d’être du signalement, bien plus que l’espoir d’une intervention immédiate.
- Gendarmerie ou police nationale : dépôt de plainte, ou main courante si vous ne connaissez pas l’auteur. Joignez vos relevés horaires et vos images.
- La DGAC, si le survol concerne une zone où le vol est restreint ou interdit. Encore faut-il savoir dans quelle zone vous êtes, et la carte officielle ne dit pas tout.
- Votre autorité de tutelle : installation classée, opérateur d’importance vitale, périmètre défense. Pour un site Seveso, un survol consigné et non exploité devient une carence.
Après : transformer l’incident en information
Un survol qui se termine sans rien casser n’est pas un non-événement. C’est un renseignement, et souvent le seul que vous obtiendrez avant l’événement suivant.
Consignez-le dans un registre unique, et sachez à qui le remonter et avec quelles preuves : date, heure de début et de fin, trajectoire, appareil observé, conditions météo, ce qui se passait sur le site à ce moment-là. Cette dernière colonne est celle qu’on oublie et celle qui parle : si les trois survols de votre site coïncident avec des livraisons, avec des essais, ou avec la présence d’un client, la question n’est plus de savoir si le drone est hostile.
Un drone au-dessus d’un site, ce n’est ni une curiosité ni une fatalité. C’est un appareil piloté par quelqu’un, dans une intention précise.
Préparer la prochaine fois
La conduite décrite ici suppose qu’une personne au moins, sur place, sache quoi faire sans avoir à réfléchir. Cela s’écrit, se distribue et se répète, au même titre qu’une consigne d’évacuation.
Trois documents suffisent : une fiche réflexe d’une page affichée au poste de garde, un registre des survols, et la liste des points de votre site qui ne doivent pas être lisibles depuis le ciel. Nous aidons à les établir dans le cadre d’un audit, et nous les faisons répéter aux équipes en formation. Savoir ce qui se passera vraiment le jour venu demande une dernière chose : jouer le scénario sans prévenir personne — c’est l’objet d’une Red Team aérienne.